Acheter un appartement à Bordeaux ou une maison sur le Bassin d'Arcachon en 2025 commence rarement par une visite. Cela commence par une vérification de prix. Et cette vérification, contrairement à ce qu'on lit, ne se fait pas en consultant trois annonces sur un portail d'annonces immobilières. Elle se fait en confrontant le prix demandé à des transactions réellement signées chez notaire. C'est là qu'intervient la base de données ventes immobilières notaires, alimentée par les études notariales depuis les années 1990. Deux outils coexistent : BIEN pour l'Île-de-France et Perval pour le reste de la France. À cela s'ajoute, depuis 2019, la base DVF publiée par la Direction Générale des Finances Publiques, gratuite et accessible à tous. Comprendre ce que chacune contient, ce qu'elle omet et comment les croiser permet d'éviter de surpayer un bien de 8 à 15 %, écart que l'on observe régulièrement entre une annonce et la transaction réelle comparable. ## Trois sources, trois logiques différentes La confusion la plus fréquente consiste à parler de « la base notariale » comme s'il s'agissait d'un fichier unique. Ce n'est pas le cas. Les bases BIEN (Chambre des Notaires de Paris) et Perval (notaires de France hors Île-de-France) sont alimentées directement par les notaires lors de la signature de l'acte authentique. Elles contiennent des informations détaillées : surface habitable, nombre de pièces, étage, présence d'un ascenseur, année de construction, type de chauffage. Elles permettent aux notaires de produire les indices Notaires-INSEE, référence officielle de l'évolution des prix immobiliers en France. La base DVF (Demandes de Valeurs Foncières), elle, provient de l'administration fiscale et recense toutes les mutations à titre onéreux des cinq dernières années, soit environ 5 millions de transactions selon les chiffres publiés sur data.gouv.fr. Elle est gratuite, téléchargeable, mais moins riche : pas d'étage, pas de DPE, pas de précision sur l'état du bien. Enfin, l'outil grand public « Demande de valeur foncière » sur le site impots.gouv.fr donne accès aux mêmes données avec une interface cartographique. C'est le point d'entrée le plus simple pour un particulier. ## Ce que la base notariale dit réellement sur un prix Prenons un cas concret. Une commune littorale de 68 000 habitants, revenu médian par unité de consommation de 22 100 €/an, part de propriétaires de 57,8 % (INSEE, 2022). Sur ce type de marché, la dispersion des prix au m² peut atteindre un rapport de 1 à 3 entre un T2 dans une copropriété années 70 sans ascenseur et un T2 rénové dans un immeuble haussmannien. La base notariale, par sa granularité, permet de neutraliser ces écarts. En isolant les ventes de biens comparables — même tranche de surface, même époque de construction, même secteur — on obtient un prix médian beaucoup plus fiable que la moyenne communale affichée sur les portails. C'est ce travail de filtrage qui distingue une estimation sérieuse d'un chiffre sorti d'un algorithme automatique. La base DVF, plus brute, demande à être retraitée. Une transaction à 1 € (donation déguisée, vente entre membres d'une même famille) y figure sans annotation. Une vente en VEFA d'un lot de copropriété peut apparaître au prix global du programme. Ces aberrations doivent être écartées manuellement avant tout calcul de prix moyen. ## Comment accéder concrètement aux données Pour un acquéreur, trois chemins sont possibles, classés par ordre de simplicité. Le premier : l'application « Demande de valeur foncière » sur impots.gouv.fr. Recherche par adresse, affichage cartographique des ventes des cinq dernières années avec le prix, la surface et la nature du bien. Gratuit, immédiat, suffisant pour une vérification rapide. Le deuxième : les sites Patrim (sur impots.gouv.fr, après authentification FranceConnect) qui donne accès à des données plus contextualisées, à condition de justifier d'une démarche fiscale (succession, donation, contrôle). Le troisième : les outils notariaux payants (Immo Notaires, MIN.notaires.fr) ou les rapports d'expertise commandés directement à une étude. Comptez 150 à 400 € pour un avis de valeur notarial sur un bien précis, prestation distincte de l'estimation classique réalisée par un conseiller immobilier. Dans la pratique, croiser les trois sources prend une à deux heures pour un bien donné. C'est le temps qui sépare une offre étayée d'une offre au doigt mouillé. Avant de [signer une offre d'achat](/blog/signature-offre-achat-immobilier), ce travail de vérification factuelle pèse lourd dans la négociation. ## Les angles morts de la donnée publique Une base de données ventes immobilières notaires reste un instantané de prix, pas une analyse de bien. Elle ne dit rien sur : L'état réel du bien vendu. Une maison vendue 450 000 € peut avoir nécessité 80 000 € de travaux post-acquisition, information invisible dans la donnée. C'est pourquoi le DPE, désormais opposable, et le diagnostic technique global d'une copropriété sont à examiner en parallèle. Les conditions de la vente. Vente longue avec délai de plus de six mois, vente entre membres de la famille à prix amical, succession pressée : ces contextes modifient le prix de 10 à 20 % sans qu'aucun champ ne le signale. La consultation des actes via une étude reste le seul moyen d'éclaircir ces points. L'évolution du marché entre la date de signature et aujourd'hui. Une vente signée en juin 2022, au pic du marché, n'a plus la même valeur indicative en novembre 2025 après la correction observée sur la plupart des grandes agglomérations françaises. Selon les indices Notaires-INSEE publiés en 2024, les prix de l'ancien ont reculé d'environ 4 % en moyenne nationale sur 2023-2024. Les prix de présentation refusés. La base notariale enregistre les ventes conclues, pas les biens retirés du marché faute d'acheteur. Or, sur un marché à l'arrêt comme celui qu'on observe localement sur certains segments du Bassin, c'est précisément l'écart entre prix affiché et prix de signature qui fait l'information utile. Un acquéreur qui veut [faire une offre sous le prix demandé](/blog/modele-offre-achat-immobilier-inferieure-prix-demande) doit pouvoir mesurer cet écart avec précision. ## Utiliser ces données dans une négociation La base notariale n'est pas un argument à brandir au vendeur en lui montrant un tableau Excel. C'est un outil de positionnement personnel. Trois usages concrets : Valider une fourchette d'offre. En isolant cinq à dix ventes comparables des dix-huit derniers mois, on obtient une médiane et un écart-type. Une offre située dans le tiers bas de la fourchette se justifie si le bien présente des défauts (DPE défavorable, travaux à prévoir, copropriété fragile). Une offre dans le tiers haut se justifie pour un bien rénové, bien exposé, sans travaux. Identifier les signaux faibles d'un secteur. Une rue où trois ventes en huit mois se sont conclues 12 % sous le prix d'affichage initial signale un marché vendeur en perte de levier. Information à exploiter en négociation, sans la mentionner directement. Cadrer la projection de revente. Pour un primo-accédant, savoir que les biens comparables se sont revendus en moyenne avec une plus-value brute de X % sur sept ans donne un repère. Pas une garantie : un repère. C'est aussi ce qui structure une approche raisonnée [pour investir dans l'immobilier avec un petit budget](/blog/comment-investir-dans-limmobilier-avec-un-petit-budget), où l'erreur de prix d'entrée se paie cash à la sortie. Le travail amont sur la donnée ne remplace pas la visite. Il la précède et la cadre. Sur le Bassin d'Arcachon par exemple, deux biens à 200 mètres l'un de l'autre peuvent afficher des prix au m² qui varient du simple au double selon l'orientation, la vue, le calme. La base notariale donne le squelette ; la visite et l'avis d'un professionnel local mettent la chair. ## Articuler base notariale et financement Une vérification de prix sérieuse a une conséquence directe : elle fiabilise le dossier de financement. Une banque qui finance un bien dont le prix est manifestement supérieur de 15 % au marché comparable peut exiger un apport plus important ou refuser le dossier après expertise interne. Travailler en amont le prix réduit ce risque. Le même raisonnement vaut pour les [garanties du prêt immobilier](/blog/garanties-pret-immobilier), notamment dans le cas d'une hypothèque où la valeur du bien sert d'assiette. Et il pèse mécaniquement sur le [tableau d'amortissement](/blog/tableau-amortissement) : 20 000 € économisés à l'achat, c'est environ 28 000 € de moins remboursés sur vingt ans à 3,5 %. Pour situer une mensualité réaliste face à un prix vérifié dans la base notariale, un passage par un [simulateur de crédit immobilier](/outils/simulateur-credit-immobilier) permet de cadrer la capacité d'endettement avant d'entrer dans les [étapes d'une offre d'achat immobilier](/blog/etapes-offre-achat-immobilier). La donnée publique a démocratisé l'accès à l'information de prix. Elle n'a pas démocratisé son interprétation. Lire une transaction sans la replacer dans son contexte de marché, de bien et de moment reste l'erreur la plus coûteuse pour un acquéreur. Le travail commence à la donnée brute ; il ne s'y arrête jamais.
Et maintenant ?
Trouvez le bien qui vous correspond
Toutes nos annonces actuelles à Bordeaux, Paris, Lyon et Lille. Visites organisées sous 48h pour les biens qui vous intéressent.



